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La République d’Harpagon

– C’est fou ! C’est insensé ! C’est complètement dingue ! Voilà bien toute une année, que, tous les dimanches, à la sortie de la messe, je donne 5 sous à un pauvre hère qui fait la manche sur le parvis de notre église. 5 sous par semaine ! Entendez-vous ? Soit 13 livres par an ! Autant dire une rente. C’est dingue tout le pognon que l’on donne aux pauvres ! Le pire c’est qu’à la fin, ils sont toujours aussi pauvres, ces faignants ! Sans compter qu’ils gâchent le paysage. Y en a même qui dorment sur les trottoirs, par tous les temps ! C’est une honte !

– Mais monsieur, cette aumône qu’on leur fait suffit à peine à leur survie. Au moins ils ne meurent point de faim.

– Taisez-vous, impertinent ! Manger ! Toujours manger ! Vous n’avez que ce mot-là à la bouche. Sachez donc qu’il faut faire bonne chère avec peu d’argent ! Par conséquent, c’est décidé, je ne donnerai plus qu’un sou par semaine. Et ce sera encore trop.

– Ouais ! Voilà le pauvre bougre encore plus pauvre, et vous un petit peu plus riche.

– Taisez-vous, vous dis-je ! S’il veut gagner sa vie, il n’a qu’à bosser.

– Auriez-vous quelque emploi contre salaire à lui proposer ?

– Non ! Quoi que, s’il consent à me cirer les pompes tous les jours, je veux bien lui donner 2 sous par semaine.

– (à part) La peste soit de l’avarice et des avares vicieux !

– Quoi ?

– Plait-il ?

– Que disiez-vous entre vos dents ?

– Je disais qu’un tel don de votre part est un geste fort gracieux.

– Parfaitement ! Allez ! Jetez les tous au bagne, cachez-moi ces pauvres que je ne saurais voir !